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Publié par , le 21 janvier 2011 , dans la catégorie Non classé

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Violon sous l’écorce

Un luthier utilise la résine de pins du Porge pour vernir ses instruments

  Tony Echavidre étale le vernis à base de colophane girondine sur le violon. Le luthier bordelais utilise la résine de pins du Porge pour fabriquer ses  instruments   PHOTO FABIEN COTTEREAU

Tony Echavidre applique le vernis à base de colophane des Landes sur le violon. Le luthier bordelais utilise la résine de pins du Porge pour vernir ses instruments.

 

C’est fou le nombre de matériaux qu’il convient de réunir pour fabriquer un violon. Il y a d’abord l’érable (des Balkans) pour le manche et la volute qui le prolonge, tête ouvragée qui fait l’originalité de l’instrument, et aussi le fond et les éclisses (les flancs). Il y a aussi l’épicéa (des Vosges ou du Tyrol) pour constituer la table d’harmonie et ses ouïes.

Les cordes sont au choix en synthétique, en acier, en boyau de chèvre ou de mouton (surtout pour le baroque). Il s’agit là du fondamental et du plus coûteux.

Mais il faut aussi de la colophane, ce résidu de résine qu’on récupère en taillant l’écorce des pins. Luthier fabriquant de Bordeaux, au 8 rue de Guienne, Tony Echavidre se la procure auprès d’un ancien gemmeur du Porge, Claude Courau, bien connu dans la région pour être un partisan acharné de l’exploitation renouvelée de cette matière première aux multiples usages, désormais importée du Portugal alors qu’elle abonde dans nos forêts.

Avec cette colophane, mélangée à de l’huile de noix et des pigments, le luthier produit le vernis qu’il applique sur le bois du violon, « à la fois pour l’esthétique mais aussi pour le protéger; c’est un procédé totalement naturel ».

« Le vernis idéal »

Cette technique, Tony Echavidre n’a pas attendu de vivre à Bordeaux (où il est installé depuis septembre 2009) pour l’appliquer. Après ses études de luthier en Angleterre puis à Crémone, ville du nord de l’Italie où à vécu le fameux Stradivarius, il a exercé en région Parisienne où il a commencé à maîtriser la colophane naturelle : « Il y a des années que je cherchais le vernis idéal. C’est une façon pour moi de me rapprocher du savoir-faire des anciens luthiers qui l’utilisaient déjà au XVIe siècle, mais la tradition s’était perdue au fil du temps. Ma démarche est aussi de m’imprégner de la beauté et du rendu sonore les instruments de cette époque. »

Il s’agit donc d’abord de technique. Mais l’aspect écologique n’est pas indifférent à notre luthier bordelais. De surcroît, celle de Claude Courau est d’une qualité remarquable. J’ai repéré son existence en recherchant des articles sur Internet. Mon souhait est aussi de voir la colophane de Gironde et des Landes exploitée plutôt que celle du Portugal, qui est d’une qualité inégale ».

La résine du Porge est recueillie, après traitement et mélanges, dans deux petits récipients qui font fortement penser à deux pots de miel liquide : « Avec ça, je peux créer du vernis pour 15 instruments au moins, c’est-à-dire deux ans de travail ».

On voit par là que ce produit n’est pas celui qui fait grimper le prix d’un violon, vendu 9 000 euros par le luthier. Mais c’est lui qui donne à l’instrument l’aspect ambré qui séduira l’acheteur et ravira le musicien.

Qui aurait pu croire que sous l’écorce des pins résidait déjà un peu de musique ?

Par Hervé mathurin

Photo Fabien Cottereau

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